
Omote-sando, la rue principale du quartier de Harajuku, est « les Champs-Élysées » de Tokyo, avec de suggestifs dégradés naturels qu’offrent, à chaque saison, son avenue bordée d’ormes.
C’est la principale passerelle citadine de la mode et du luxe : Palais Tod’s, dessiné par Toyo Ito, Prada Tokyo, de Jacques Herzog et Pierre de Meuron, les buildings flag de Dior et de Louis Vuitton, le palais Cartier, sont seulement quelques bijoux de celle qui a été définie “un collier scintillant dédié à l’Architecture de la Mode, gage de leur idylle internationale”.
Omote-sando est la rue de la créativité et de la culture, avec son labyrinthe serré de boutiques, résidences, restaurants et cafés, dans lesquels les jeunes entrepreneurs trouvent l’espace idéal pour s’exprimer librement et se faire connaître du grand public qui fréquente la rue.
Dans cet exemple inimitable de urban life style, a été inauguré le 11 février dernier, Omote-sando Hills, un imposant complexe, en partie centre commercial, en partie bâtiment destiné à accueillir des habitations, qui s’étend le long du côté nord de Omote-sando sur une longueur de plus de 250 mètres, occupant un quart de la longueur de la rue toute entière.
Fruit de la collaboration entre les deux majeurs protagonistes de l’architecture japonaise, le puissant spéculateur immobilier Minoru Mori, de la Mori Buildings co., créateur de Rappongi Hills, souvent accusé de créer des espaces urbains sans âmes, et Tadao Ando, peut-être le plus grand architecte japonais en vie, deux fois vainqueur du prix Pritzker, l’oeuvre a profondément changé la face du quartier, en remplaçant définitivement les Dojunkai Apartments tant appréciés.
Ces habitations, construites en 1927 pour les habitants n’ayant plus de logement après le terrible séisme de 1923, les Dojunkai Apartments avec leur modernité, représentaient l’aspiration du Japon vers le futur, son optimisme frénétique dans la reconstruction, son vent politique aux idées démocratiques.
Devenus au cours du temps des boutiques, des ateliers, des galeries d’art, des bureaux, ils étaient considérés, d’une certaine façon, avec leur aspect extérieur immuable, le rempart de l’identité de Omote-sando contre le débarquement des plus grands brands mondiaux et les dangers de la globalisation culturelle.
Il ne faut pas s’étonner, donc, que ce même Ando ait cherché à célébrer et à respecter la tradition urbanistique de l’endroit : “Quand nous avons débuté le projet” explique-t-il, “nous avons été guidés par deux principes. Le premier a été de chercher à utiliser l’espace souterrain le plus possible, de façon à maintenir le bâtiment quasi à la même hauteur que les ormes de l’avenue. Le second a été de reproduire, à l’intérieur du complexe, la douce pente qui caractérise Omote-sando”.
Sur base de ces lignes de conduite, la moitié des 12 étages du complexe se développe sous terre, avec comme conséquence que la structure, qui abrite 93 activités commerciales et 38 logements, est beaucoup plus grande que ce que l’on imagine de son aspect de la rue. En outre, pour créer une continuité entre l’intérieur et l’extérieur de Omotesando Hills, on peut effectuer une longue promenade shopping sur une spirale continue ayant une pente similaire à celle de la rue externe, autour d’un espace vitré triangulaire, illuminé par le haut : une Omote-sando dans Omote-sando, un prolongement, une réplique, à l’intérieur du complexe, d’une rue externe.
L’aspect externe du bâtiment répond à la même logique, il se présente comme une énorme paroi de verre de quatre étages de hauteur, longue de 250 m et interrompue seulement une fois par l’entrée du centre commercial : une grande toile destinée à s’allumer de light art et de jeux de lumière, en partie dotée d’illuminations électroniques, mais une façade caractérisée par son aspect général de sobriété et de neutralité, dans le respect des traditions de l’endroit.
Savoir si Ando a réussi ou non à remplacer les Dojunkai Apartments, en obtenant une oeuvre architectonique qui puisse également en recueillir l’hérédité comme symbole de modernité, c’est une question que nous laisserons à la postérité, mais Omotesando Hills est certainement un ultérieur chapitre important de l’histoire des transformations et innovations de la Tokyo contemporaine.
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